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Hazon Yeshaya, la chance unique d’aider son prochain


 
 

On le disait récemment encore, la misère, la faim et la pauvreté on resserré leur étau sur Israël.  Il existe cependant des êtres d’exception que le destin a choisi de mettre sur le chemin des oubliés du bonheur, afin qu’ils puissent goûter aux joies simples d’un repas chaud quotidien.  Le rabbin Israël est un personnage charismatique dont l’histoire est indissociable de l’œuvre.

Né en Egypte dans les années 50, le rabbin Israël est contraint à l’exode sous le régime de Nasser.  La famille se dirige, avec quelques valises pour tout patrimoine, vers la France en attendant deux ans durant un visa pour les Etats-Unis.

Dépossédés de leurs biens, ils devront se contenter des repas servis à la soupe populaire située rue Richer à Paris. Ce sombre souvenir formera cependant une empreinte indélébile dans l’esprit du jeune Abraham Israël, alors âgé de 10 ans.

« Je me souviens de ma ponctualité quotidienne quasi obsessionnelle, motivée par la peur de ne pas être servi », se souvient le rabbin Israël.  Apres une réussite exemplaire aux USA, ou il a crée une florissante affaire d’exportation, il décide de faire son Alya en 1997 afin d’aider certains de ses frères israéliens qu’il sait en grande détresse. Il ne mettra pas longtemps àles trouver.

La providence met en effet sur son chemin une jeune femme de 25 ans atteinte de sclérose en plaques qui ne parvient pas à traverser la rue. Touché, il l’a raccompagne jusqu'à son domicile, et là c’est le déclic : « Elle vivait sans électricité, un matelas par terre, des cartons couvrant ses fenêtres, je n’en croyais pas mes yeux, moi qui ne connaissais d’Israël que les hotels 5 étoiles. »

« Lui demandant ce qu’elle allait manger, elle m’a répondu qu’avec peu de chance, elle se nourrirait d’un echel (yaourt).  Je lui a apporté des repas chauds, mais j’ai compris qu’elle n’était pas seule dans sa situation.  J’ai engagé une cuisinière et loué un petit local pour distribuer quelques repas, puis peu à peu, le cercle des indigents a grossi », raconte le rabbin Israël.

Aujourd’hui, son association, Hazon Yeshaya, offre 35 000 repas chauds et nutritifs aux quatre points de Jérusalem. « Il est primordial de servir une soupe car la majorité des personnes pauvres n’ont pas une dentition saine. »

Le rav Israël voyage six mois dans l’année à travers le monde pour récolter les fonds nécessaires à son ‘entreprise’ de bienfaisance.  Sa manière de gérer la pauvreté est en effet des plus énergique, et cet ancien homme d’affaires traite avec la misère comme avec un concurrent haïssable.

Il répond au téléphone tout en prenant connaissance d’un nouveau cas urgent, interpelle un volontaire pour le presser d’aller aider une vieille femme en difficulté et exige d’aller voir comment se déroule la distribution des repas.

En se dirigeant vers le petit local d’où s’échappe un délicat fumet, il dit dans son français scolaire appris au Caire : « Parfois je suis si heurex que le Créateur me permette de faire ce que je fais que j’ai envie de danser dans la rue ! »

Mais si la bonté est devenue sa raison de vivre, elle n’exclut pas une rigueur extrême dans sa facon de la dispenser. « J’ai la responsabilité envers les donateurs d’utiliser les fonds pour le but précis dans lequel je sollicite leur aide. »  Les dizaines de classeurs qui jonchent le bureau du rabbin Israël renferment en effet les preuves irréfutables de la misère de Jérusalem.  Il tire au hasard une fiche sur laquelle apparaît le nom d’un père de famille et ses maigres revenus censés nourrir ses quatre enfants et s’exclame : « Comment voulez-vous qu’ils s’alimentent correctement avec 1 250 shekels ! »

Comme si ce travail dantesque ne lui suffisait pas, le rabbin Israël désire ouvrir quatre nouveaux centres de distribution dans le pays.  « Avec la crise économique, des gens qui avaient des situations confortables se retrouvent actuellement dans l’impossibilité de se nourrir convenablement.  Pour eux », soupire-t-il, « c’est comme s’ils étaient morts. »

Le seul critère de l’association Hazon Yeshaya est la pauvreté extrême.  « Nous acceptons les Juifs, les non-Juifs, les femmes juives mariées à des Arabes, les travailleurs étrangers, car un ventre vide n’a ni origine ni d’idéologie », explique le rabbin Israël.

Le prix d’un repas complet est évalué à 2,5 dollars, mais il précise qu’une famille admise dans l’association represente un nouveau budget à assurer tout le long de l’année.  Chaque jour, des dizaines de volontaires, tous plus extraordinaires les uns que les autres, se relaient dans ce travail de fourmi.  Ils trient le riz avant qu’il ne soit cuit, épluchent les pommes de terre, aident les plus démunis à trouver un logement, ou passent les innombrables appels téléphoniques nécessaires à la bonne marche de l’association.

Récemment, Israël a fondé une école maternelle pour les enfants dont les parents sont en marge de la société, et 200 repas quotidiens sont livrés à des jeunes ayant des parents drogués ou irresponsables.

Le rabbin, prophétiquement nommé Avraham, consacre la totalité des dons pour acheter la nourriture nécessaire au fonctionnement des points de distribution.  L’ancien businessman ne possède pas de voiture : « J’ai vendu ma BMW personnelle pour que l’on ne m’accuse pas de détourner des fonds ».  Il récupère les meubles jetés sur la voie publique pour équiper son petit bureau et utilise le verso des feuilles de papier usagées pour rédiger ses notes.  Sa probité inépuisable n’a d’égale que son honnêteté irréprochable, ce qui devrait considérablement aider au succès de sa tournée européenne qu’il entamera le 27 janvier prochain.  « Dieu m’a donné la chance de pouvoir aider les autres, et je ne suis pas prêt à la laisser passer », conclut-il.