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Le temps des soupes populaires est arrivé


 
 

Jérusalem

de notre correspondant

C'est un appartement  à peine meublé, dans une HLM sans ascenseur de Neve Yaakov, un quartier populaire de Jérusalem.  Menaché Amo pousse un soupir de soulagement en regardant les boîtes en plastique apportées par Irit, une volontaire souriante.  « Sans le rabbin Israël, je ne mangerais pas tous les jours », soupire Menaché. Irit est l'une des bénévoles de la soupe populaire Hazon Yeshaya, fondée par Abraham Israël, homme d'affaire, rabbin, et bénévole qui sert environ 1 000 repas chauds par jour aux plus démunis de Jérusalem.  Aujourd'hui, Menaché mangera du poulet au riz, préparé dans la cuisine centrale de la rue Rachi.  La quarantaine fatiguée, cet ancien vendeur ambulant marche difficilement depuis qu'il a éte victime d'un attentat palestinien en 1995.  Il passe ses journées dans un fauteuil, une couverture sur les genoux.  Sa femme est à l'hôpital avec un cancer.  Ses deux filles « mangent à l'école ».  Ses ressources ?  Menaché montre une pension d'invalidité de 5 559 shekels (environ 112 euros).  Normalement, elle ne peut être cumulée avec l'équivalent du RMI, 3 000 shekels (600 euros environ) pour un couple ave deux enfants au taux de base.  Ce n'est pas assez pour se nourrir correctement.

 

La détresse israélienne a de nombreux visages.  Dans une des antennes du rabbin Israël, là ou il sert les repas sur place, Aliza, veuve sans emploi, est venue déjeuner.  Elle survit grâce à une allocation de 1 600 shekels (320 euros). Cette somme pourrait prochainement être imposée « Je ne peux pas à la fois payer le loyer, l'eau et l'électricité et manger », assure Eliza.  Son fils est à l'armée.  « Quand il vient à la maison, je rapporte les repas de la soupe populaire et je rajoute une sauce, pour qu'il croie que c'est moi qui ai cuisiné.  Je lui dis aussi de rester là-bas, de ne pas venir trop en permission, parce qu'il mange bien à l'armée. »  Aliza, elle, a oublié la honte.  Pas comme ces hommes jeunes, habillés mode, qui on tout perdu dans l'éclatement de la bulle du high-tech israélien, et qui passent furtivement chercher un repas chaud chez Abraham Israël.  Comme la plupart des autres « clients « , ils ont été envoyés à la soupe populaire par une assistante sociale.  L'Etat quasi socialiste des débuts d'Israël s'est mué en une démocracie libérale qui délègue de plus en plus l'assistance au privé, déclenchant une explosion de l'humanitaire.